Quatrième
internationale
L'émancipation des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes

Palestine : Déclaration du secrétariat international de la IVe Internationale


4 juin 2010

Aux quatre coins de la planète, la violence et la guerre ne cessent de se développer. Dans sa tentative de sauver coûte que coûte le régime failli de la propriété privée des moyens de production fondé sur l’exploitation et l’oppression, l’impérialisme américain conduit l’humanité aux plus grandes catastrophes. Dernier acte en date, l’arraisonnement d’une flottille qui se dirigeait vers Gaza par des troupes d’élite de l’armée israélienne, qui ont tué neuf personnes et blessé des dizaines d’autres. L’émotion est forte dans le monde. Elle désigne à juste titre la responsabilité criminelle des dirigeants de l’Etat d’Israël. Mais cela ne doit en aucun cas masquer la responsabilité pleine et entière de l’administration américaine. {{{La responsabilité de l’impérialisme américain}}} Pour la IVe Internationale, ce nouvel acte criminel est un prolongement de l’impasse et du chaos auxquels l’impérialisme conduit le peuple palestinien comme les peuples du monde entier. Rappelons qu’à l’origine de la partition de la Palestine, en novembre 1947, légitimant la constitution d’un Etat théocratique fondé sur la persécution et l’expulsion du peuple palestinien, se trouve l’impérialisme américain, qui organisa le vote de l’ONU avec la collaboration de la bureaucratie stalinienne. Pour sa part, la IVe Internationale, dès novembre 1947, écrivait : {“Le vote de l’ONU n’a été qu’une formalité après l’accord des trois grands. Le partage de la Palestine était virtuellement un fait accompli... La position de la IVe Internationale face au problème palestinien reste claire et nette, comme auparavant. Elle sera à l’avant-garde de la lutte contre le partage, pour une Palestine unie et indépendante, dans laquelle les masses détermineront souverainement leur sort par l’élection d’une Assemblée constituante.” } C’est l’impérialisme américain qui, il y a vingt ans, entérinant l’occupation de 1967, a décidé, face à l’incapacité de l’Etat d’Israël à réprimer la première Intifada, de prendre directement les choses en main. Il a prétendu régler avec la signature des accords d’Oslo la question palestinienne en dictant aux dirigeants sionistes d’Israël comme à la direction palestinienne le plan qu’il préconisait pour cela. Il s’agissait de trouver un moyen de briser la résistance du peuple palestinien déstabilisant “l’ordre” dans la région. Car sous couvert de la prétendue solution de deux Etats, c’était en réalité la négation du droit à la terre et à la nation pour le peuple palestinien qui était à l’ordre du jour. C’était nier des décennies de combat de ce peuple pour le droit à la vie. C’était disloquer le peuple palestinien en l’enfermant dans des ghettos, des bantoustans sous le contrôle des troupes israéliennes. En 1993, la IVe Internationale écrivait à propos des accords d’Oslo : {« En un mot, le cadre est fixé : le “conseil” palestinien n’a d’autre autorité que d’appliquer ces résolutions — que l’OLP a condamnées durant des années avant de s’y rallier — qui entérinent la partition de la Palestine, qui entérinent le démembrement du peuple palestinien, de mettre en œuvre une politique décidée ailleurs, c’est-à-dire par l’impérialisme américain (…). Il s’agit là de la négation du droit des peuples. La nouvelle partition qui s’opère en Palestine, à travers l’option Gaza et Jéricho, en prépare d’autres où, sous contrôle de l’ONU, bras armé de l’impérialisme américain, se prépare la constitution de nouvelles “réserves”, dans lesquelles on va parquer d’autres fractions du peuple palestinien (…). A l’heure où l’accord signé entre la direction de l’OLP et l’Etat d’Israël annonce, sans aucun doute, de nouvelles épreuves pour le peuple palestinien et pour tous les peuples de la région, il apparaît nettement que le chemin de la paix ne saurait différer du chemin de la démocratie, c’est-à-dire du droit de tous les peuples à vivre libres sur leur terre, à commencer par le droit du peuple palestinien au retour et à l’indépendance nationale ; telle est la seule voie réaliste. Aujourd’hui, plus que jamais, la paix au Proche-Orient, c’est le droit au retour pour tous les Palestiniens, c’est un seul Etat laïque et démocratique, une seule Palestine laïque et démocratique, se constituant dans l’égalité de ses composantes arabe et juive sur tout le territoire de la Palestine. » } Les violences, les guerres, les massacres qui se sont produits depuis cette date découlent des accords d’Oslo réalisés sous l’égide de l’impérialisme américain. C’est dans ce cadre que les gouvernements successifs de l’Etat d’Israël, inquiets d’un rééquilibrage de la position des Etats-Unis en faveur des pays arabes, se sont engagés dans la voie de la répression massive du peuple palestinien, afin de préserver l’entité sioniste dans une course folle pour assurer sa prééminence, son existence, poussant à son paroxysme la logique raciste du sionisme. Le massacre régulier des Palestiniens, la violence permanente, le blocus et la poursuite de la colonisation ne font que traduire la volonté du sionisme de s’assurer de la meilleure position possible comme pilier nécessaire à la “Pax Americana”. La direction de l’OLP, en acceptant les accords d’Oslo en 1993, renonçant de ce fait à 88 % du territoire historique, a elle-même signé son arrêt de mort, plongeant le mouvement national palestinien dans la déroute. Celui-ci, en effet, était fondé sur la revendication d’un seul Etat. C’était là la charte constitutive du peuple palestinien, divisé géographiquement, mais uni sur le droit au retour, c'est-à-dire le droit à la nation. La constitution de l’“Autorité Palestinienne” n’avait dans ces conditions qu’un seul but, explicitement mentionné dans les accords d’Oslo : garantir la sécurité d’Israël avec la perspective hypothétique d’un “Etat” palestinien croupion. C’est ainsi qu’une organisation de combat du peuple palestinien a été transformée en une organisation de répression du peuple palestinien, pour le compte de l’oppresseur israélien. La conséquence de l’acceptation de la solution des deux Etats signifiait la renonciation à la solution de la question palestinienne, dont le premier acte est le droit au retour des réfugiés et de leurs descendants, devenus les deux tiers du peuple palestinien. Oslo n’était rien d’autre qu’une tentative de dislocation du peuple palestinien, considéré jusqu’alors comme une totalité : les Palestiniens de Gaza, ceux de Cisjordanie, ceux vivant dans les frontières de 1948 et ceux réfugiés à l’extérieur de la Palestine constituent en effet un seul et même peuple. Dans les manifestations qui ont eu lieu cette semaine à Gaza, à Ramallah, à Haïfa comme dans les camps, c’est cette unité — “Nous sommes un seul peuple” — qui a été centralement réaffirmée. La logique d’une telle position dislocatrice et la décomposition du mouvement national palestinien a conduit à l’explosion entre Gaza et la Cisjordanie placées sous le contrôle de groupes rivaux. {{{L’impérialisme en crise a besoin de supplétifs}}} Cette situation a permis au sionisme d’accentuer encore le cours criminel de sa politique, qui s’est exprimé de manière particulièrement cruelle dans la guerre et le blocus de Gaza. Les gouvernements des pays arabes qui dénoncent aujourd’hui l’acte criminel de l’Etat d’Israël “oublient” que, de concert avec lui, le gouvernement égyptien a participé et participe toujours au blocus de Gaza avec la construction d’un mur pour détruire les souterrains qui permettent d’approvisionner la bande. Et l’on pourrait citer encore bien d’autres gouvernements de la région. Ils agissent de cette manière parce qu’ils sont inféodés à l’impérialisme américain. Ce sont les mêmes qui ont exercé des pressions sur la direction du Mouvement national palestinien pour qu’il capitule devant les exigences de l’impérialisme. Les exigences de l’impérialisme américain, notamment depuis son occupation militaire de l’Irak, visent à contrôler l’ensemble du Moyen-Orient. Et dans sa volonté d’extension pour relier le Moyen-Orient pétrolier à la Méditerranée, l’impérialisme menace tous les peuples, et notamment celui de l’Iran. La situation actuelle en Palestine et au Moyen-Orient ne peut être comprise indépendamment de la situation mondiale. La crise qui se développe en Europe a une portée mondiale. C’est en Europe, berceau du capitalisme, que s’exprime de la manière la plus spectaculaire la marche à la transformation de la plus grave crise qu’ait connue le système capitaliste en crise mondiale généralisée. En effet, l’intervention du FMI pour “aider” l’Europe sur injonction américaine traduit la panique qui saisit cette administration devant les risques d’une crise se généralisant à toute la planète et frappant de plein fouet les Etats-Unis eux-mêmes. L’impérialisme américain, même s’il est l’impérialisme dominant, ne peut prétendre à lui tout seul assurer l’ordre mondial. Il a besoin de supplétifs pour ce faire. Il a besoin des impérialismes européens — ce qui a pris la forme un temps du Quartette — comme il a besoin de l’Etat d’Israël et d’un certain nombre de gouvernements arabes. Cette crise du système capitaliste qui ne cesse de s’approfondir et de s’aggraver se reflète dans la crise qui divise entre eux les différents secteurs des cercles dirigeants de la classe capitaliste, crise qui s’exprime dans les contradictions en son sein, qui à leur tour trouvent leur expression dans la politique israélienne. Le gouvernement Obama, qui prétendait rompre avec la politique militariste du gouvernement Bush, cherche en vain, pour parvenir aux mêmes résultats d’accaparement des richesses et de maintien de la domination impérialiste dans la région et le monde comme le démontre la guerre en Afghanistan, à rééquilibrer les rapports entre les régimes arabes et Israël, à se désembourber de l’Irak. Mais il se heurte à ses propres contradictions, à celles de la bourgeoisie américaine. C’est cette situation qui permet au régime sioniste, avec l’appui de fractions de la bourgeoisie américaine, d’aller plus avant dans une politique de terre brûlée, de guerre et de massacres. {{{La seule solution conforme au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes }}} La preuve est faite. S’adresser à l’impérialisme pour qu’il “sanctionne” l’Etat d’Israël, pour qu’il fasse pression sur ses dirigeants, pour qu’il aboutisse à un accord “équitable” entre l’Autorité palestinienne et l’Etat sioniste, c’est par avance accepter qu’il n’y aura jamais de règlement de la question palestinienne. C’est accepter le maintien de l’Etat d’Israël, qui engendre la violence. La seule solution est celle que la IVe Internationale défend depuis 1947-1948, quand les dirigeants de l’impérialisme américain et ceux de la bureaucratie stalinienne du Kremlin ont décidé le partage de la Palestine, expulsant les deux tiers du peuple palestinien pour créer l’Etat d’Israël. Cette position, prise il y a 60 ans contre la partition de la Palestine, pour l’Assemblée constituante souveraine, pour une Palestine libre, laïque et démocratique dans laquelle Juifs et Arabes, citoyens d’une République palestinienne, pourraient vivre à égalité dans un seul Etat, demeure d’actualité. Mais le temps presse. L’oppression et la violence peuvent conduire à une situation inextricable pour les masses juives d’Israël. Il n’y a qu’une seule voie pour faire taire la violence et la guerre en Palestine, c’est que les droits imprescriptibles du peuple palestinien à la nation soient respectés, à commencer par le droit au retour, qui constitue l’exigence fondamentale unifiant le peuple palestinien dans son combat contre l’impérialisme. La IVe Internationale réaffirme : par leur résistance, par leur lutte de classe, les peuples se dressent contre l’impérialisme. La solution ne réside pas dans la politique américaine, l’ONU, l’Union européenne, les institutions internationales. Elles sont toutes complices de la politique de l’impérialisme américain parce qu’elles sont toutes fondées pour respecter l’ordre social lié à l’existence de la propriété privée des moyens de production. Et c’est précisément cette propriété privée des moyens de production qui est le fondement de la domination impérialiste. Celle-ci cherche à satisfaire sa recherche du profit, du pillage du pétrole au Moyen-Orient, et donc de la nécessaire recherche pour elle de la “sécurité de l’extraction énergétique”. La constitution d’un seul Etat sur tous les territoires historiques de la Palestine constituerait immédiatement dans un même élan révolutionnaire un appel d’air pour tous les peuples de la région. L’ensemble des régimes arabes inféodés à l’impérialisme craignent autant que les dirigeants sionistes la révolution palestinienne. C’est pourquoi les uns comme les autres se subordonnent à l’impérialisme américain. La IVe Internationale refuse de joindre sa voix aux forces “de gauche” et “d’extrême gauche” “panarabistes” et “panislamistes”, qui, à l’échelle mondiale, prétendent soutenir le peuple palestinien en appuyant la position de deux Etats, proposant pour cela des initiatives en direction de l’Union européenne ou de l’ONU pour qu’ils fournissent une médiation, car elles ne font que relayer la politique de l’impérialisme américain et des sionistes subsidiaires de celle-ci. La IVe Internationale répond que l’issue ne réside pas dans une médiation des institutions internationales et des Etats impérialistes, mais dans la mobilisation des peuples aux côtés du peuple palestinien. De même, la IVe Internationale rejette tous les discours qui évoquent un prétendu conflit communautaire ethnique. Non, il s’agit du droit des peuples. Répétons-le, pour la IVe Internationale, le combat du peuple palestinien est l’une des expressions les plus avancées du combat des peuples du monde entier pour se débarrasser de l’oppression et de l’exploitation. Nous réaffirmons que la seule voie pour conquérir la souveraineté des nations ne peut être assurée que par les travailleurs en alliance avec les paysans et les masses déshéritées. La IVe Internationale réaffirme :{{ - levée immédiat du blocus de Gaza ; - droit au retour pour tous les réfugiés dans leur village d’origine ; - un seul Etat, libre, laïque et démocratique sur tout le territoire de la Palestine, où tout citoyen pourra jouir de droits égaux, indépendamment de ses origines, de sa religion et de sa culture. }}
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